Le chat qui lisait Stendhal et la Torah - Critique du film Le chat du rabbin


Affiche Le Chat du rabbin
Le chat du rabbin - Film d'Antoine Delesvaux et Joann Sfar, 2011


Le chat d'un rabbin d'Alger se met à parler après avoir mangé un perroquet. Pour rester auprès de sa jeune maîtresse, il veut devenir juif et faire sa bar-mitsva. Il va accompagner son maître dans un long périple à travers l'Afrique, façon Croisière noire de Citroën. Le film adapte trois des six tomes de la bande dessinée de Joann Sfar, Le chat du rabbin, parue pour la 1ère fois en 2002.

Ce film, que j'ai commencé à regarder par curiosité, réserve finalement une très bonne surprise par l'originalité de ses personnages et par le regard critique porté par le chat sur ce qui l'entoure et notamment sur les religions. Le trait est parfois très caricatural et très simplificateur (peut-être est-ce voulu par les créateurs).  De multiples sujets sont évoqués, parfois de façon un peu décousue : religion, colonisation, anciennes civilisations, meurtre, sexe....Nos héros rencontrent même Tintin et Milou au Congo...On n'évite pas dans la 1ère partie des passages un peu longs et bavards mais le départ de nos aventuriers relance l'intérêt jusqu'à un final assez délirant.



Les dessins sont magnifiques, d'une grande finesse, rare dans les dessins animés actuels (si on peut dire qu'il y en a encore quelques uns !!). Le film s'ouvre sur le port d'Alger, on s'élance ensuite en suivant le chat du rabbin vers les maisons et les terrasses, le tout dans un dessin d'une grande finesse et aux couleurs lumineuses. Une très belle réussite de ce côté.



Seul grand point négatif, les voix. Disons-le carrément, c'est vraiment très mal doublé, les voix manquent de conviction sauf celle du chat doublé par François Morel. Les pires étant celles des jeunes filles.
Cela mis à part, j'ai passé un très beau moment avec ce dessin animé à découvrir.

A noter qu'il est prévu la sortie en film de cette même histoire en 2018, réalisé par l'auteur Joann Sfar avec Christian Clavier dans le rôle du rabbin. On ne connait pas encore l'identité du chat !

Le Château de la Buzine et l'hommage au temps qui passe: Critique du film le château de ma Mère


Le château de ma Mère, Film d'Yves Robert, 1990.

Le château de ma Mère, c'est le Château de la Buzine, à proximité de Marseille. Pour se rendre à sa maison de campagne La bastide - voir La gloire de mon Père auquel ce film fait directement suite -, la famille Pagnol emprunte un chemin longeant le canal de Marseille et traversant un ensemble de propriétés. L'une d'elles que le petit Marcel voit comme un grand château les oblige à se dissimuler et à courir pour échapper au garde et à son chien féroce, à la grande frayeur d'Augustine, la Maman de Marcel. Le Château d'Astros à Vidauban figure La Buzine, non encore réhabilitée lors du tournage du film.

En hommage à ce souvenir et à sa Mère, Marcel fera plus tard l'acquisition de ce château afin d'en faire une cité du cinéma. Toujours présenté par la belle voix mélancolique de Jean-Pierre Darras, le film garde la grâce et la fraîcheur de la première partie tournée par Yves Robert la même année. On y retrouve avec plaisir Philippe Caubère, Nathalie Roussel ainsi que le merveilleux Julien Ciamaca dans le rôle du petit Marcel Pagnol.
Les dernières minutes du film illustrant les tragédies de la vie et le temps qui passe sont déchirantes.

Lorsqu'il y a une dizaine d'années, mes pas m'ont menée du côté du château de la Buzine, quelle émotion de retrouver les souvenirs racontés par Marcel Pagnol dans son beau roman, Le château de ma Mère et évoqués par Yves Robert. M'approchant de la demeure, je découvre alors épouvantée qu'il n'en subsiste plus qu'une façade, pauvre décor abandonné aux corbeaux et aux herbes folles. Squattée, dépouillée et saccagée, la pauvre demeure ne fait plus illusion que de très loin tandis que sur un panneau, de mélancoliques photos de la famille Pagnol rappellent tristement le temps passé.
En 2006, après quarante ans d'abandon, le château a été acquis par la ville de Marseille qui en a heureusement engagé la rénovation (je dirais plutôt reconstruction).



Rêvée comme une Cité du cinéma par Pagnol, projet qu'il ne pourra hélas pas réaliser, la demeure est inaugurée en 2011 comme Maison des cinématographies de la Méditerranée. La partie dévastée a été reconstruite sous la forme notamment d'une grand carré de verre, extension moderne permettant d'abriter salle de cinéma et salle d'exposition. Reste ainsi le souvenir du lieu, à défaut du lieu intact et le film d'Yves Robert, film au ton juste, qui touche au coeur, bel hommage à la Provence et aux bonheurs de l'enfance en famille.

La gloire de mon Père : Mes souvenirs de citadine à la campagne

La gloire de mon Père- Film d'Yves Robert, 1990.



Affiche La Gloire de mon pèreLorsque je descends dans le midi par l'autoroute, mon regard cherche et s'attarde à chaque fois sur le Massif du Garlaban qui dresse sa silhouette si reconnaissable près d'Aubagne. 

Je crois toujours apercevoir sur son sommet la silhouette du petit Marcel Pagnol, brandissant bien haut les bartavelles glorieusement abattues par son Père. Lorsqu'Yves Robert adapte le roman de Marcel Pagnol au cinéma, il réalise le plus bel hommage que l'on puisse faire à la Provence, à son écrivain le plus célèbre et à ses souvenirs d'enfance. Le jour où la famille Pagnol acquiert une propriété de vacances, La Bastide Neuve, à côté du hameau des Bellons, le petit citadin, Marcel, découvre émerveillé les collines de la Provence et sa végétation sauvage. 

Certains de ses souvenirs évoquent les miens, petite citadine venant passer ses vacances dans la vieille maison de famille à la campagne. Je me revois, parcourant les chemins de garrigue à pied ou en vélo, écoutant la nuit les bruissements et passages des petits animaux ou m'angoissant du silence profond qui y règne parfois. Des visages disparus ou devenus lointains me reviennent en mémoire. A la fin de chaque séjour, le retour à la maison se passait dans un mélange d'impatience et de regret.



C'est tout cela que je retrouve en revoyant une nouvelle fois La gloire de mon Père.


Un ton juste, sans fausse note de l'ensemble de la distribution, un accent pris sans exagération et les adorables jeunes acteurs incarnant Marcel et Paul, font de cette chronique familiale un film tendre et attachant. La belle voix pleine de mélancolie de Jean-Pierre Darras nous accompagne tout au long du film, pour nous conter l'histoire.

La Gloire de mon Père appartient aux trésors du cinéma français et constitue certainement la meilleure adaptation de l'oeuvre de Pagnol jamais réalisée.

Les Brigades du Tigre : Au temps des folles poursuites en vieux tacots

Les Brigades du Tigre - Série de Claude Desailly, 1974.

Face à la montée de la criminalité et au manque de modernité de la Police d’alors, Georges Clémenceau, Président du Conseil et Ministre de l’intérieur crée en 1907 les Brigades mobiles, nommées dans la série les Brigades du Tigre – surnom donné à Clémenceau pour sa férocité face à ses adversaires politiques -. Installées dans quinze villes françaises, elles visent à accroître l’efficacité de la police grâce à des méthodes d’enquêtes et à du matériel modernes ainsi qu’à des équipes bien entraînées. Comme le chante Philippe Clay dans le délicieux générique de la série, « Incognito, ils ont laissé leurs vélos, leurs chevaux », pour s’équiper de voitures.
C’est ainsi, qu’en 1974, trois sympathiques comédiens – Jean-Claude Bouillon, Pierre Maguelon et Jean-Paul Tribout – embarquent à bord de vieux tacots rutilants pour nous entraîner dans de folles poursuites à 35 km/h. La série, constituée de 6 saisons de 6 épisodes, sera tournée de 1974 à 1983 et couvre la période de l’Histoire de France de 1907 à 1930. Dans les saisons 5 et 6, le terme « Nouvelles » Brigades du Tigre sera utilisé pour désigner l’entre deux-guerres.
Ecrite et réalisée par Claude Desailly – auquel on doit également Michel Strogoff, Les faucheurs de marguerites et Deux ans de vacances -, la série se veut une illustration fidèle du contexte du 1er tiers du XXème siècle, de l’évolution technique, des conditions sociales, des grandes affaires criminelles et des prémisses des deux guerres mondiales. Chaque épisode commence en effet par un rappel du contexte historique illustré de dessins.




Notre trio emporte toute la série dans une joyeuse bonne humeur et on excusera bien volontiers la maladresse avec laquelle sont tournées certaines scènes, lorsque les acteurs complices semblent parfois prêts à éclater de rire en plein milieu d’un dialogue ou lorsque les échanges de coups de feu et les bagarres ressemblent parfois un peu à ceux d’un groupe de copains jouant aux gendarmes et aux voleurs.
Mais que nous importaient ces détails lorsque nous regardions en famille cette série, véritable moment de « communion télévisuelle » des années 70-80 où, dès qu'approchait l'heure de la diffusion, nous nous installions tous au salon pour regarder. Car Les brigades du tigre font bien partie de l’histoire de la télévision française, alternant les épisodes de drame et de comédie et mettant tour à tour en avant chacun de ses trois héros, le sérieux et galant Commissaire Valentin, le méridional Terrasson, jovial et costaud et Pujol, le rusé Titi parisien. Nos héros sont dirigés par M. Faivre – excellent François Maistre – aux colères homériques mais jamais durables.
Après la disparition de Pierre Maguelon en 2010, c’est à présent Jean-Claude Bouillon qui quitte le trio d’amis. Jean-Paul Tribout doit se sentir un peu seul aujourd’hui.


La complainte des apaches ( composée par Henri Djian / Claude Bolling et interprétée par Philippe Clay ) :
M'sieur Clémenceau,
Vos flics maintenant sont dev'nus des cerveaux
Incognito, Ils ont laissé leurs vélos, leurs chevaux
Pendant c'temps-là dans les romans
Certains nous racontent comment
Faire un casse tranquillement
Pour tuer le temps,
J'voudrais les y voir
A notre place pour n'pas en prendre
Pour vingt ans.

Le chat qui lisait Stendhal et la Torah - Critique du film Le chat du rabbin

Le chat du rabbin - Film d'Antoine Delesvaux et Joann Sfar, 2011 Le chat d'un rabbin d'Alger se met à parler après avoi...