Jean de Florette : C'est pas moi qui pleure, ce sont mes yeux.


Jean de Florette - Film de Claude Berri, 1986.

En cette fin d'été, les amoureux du cinéma ont le choix entre deux options : regarder des films de la période hivernale en contemplant des gens patauger dans la neige et préparer Noël, ou bien se mettre au diapason du temps estival en se plongeant dans des films qui fleurent bon les vacances et le plein été. C'est cette 2nde option que j'ai choisie en visionnant pour la cinquième fois (au moins) au fil des années, le diptyque de Claude Berri, Jean de Florette-Manon des sources; d'après l'oeuvre de Marcel Pagnol. 

Si l'histoire de Pagnol évoque bien la garrigue, le soleil du sud, le chant des cigales, les vieux mas et les parties de pétanque,c'est dans une histoire âpre et tragique que nous sommes plongés.

Le film commence pourtant par une Provence de carte postale, où la vie s'écoule paisiblement dans et autour du village d'Aubagne, entre parties de pétanque, pastis et jeux de cartes..
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Ugolin, un jeune paysan un peu simple d'esprit rentre au pays après son service militaire et va soumettre à son vieil oncle César dit Le Papet, une idée qu'il vient d'avoir, cultiver des oeillets. S'apercevant que ces fleurs peuvent être vendues à un prix élevé sur les marchés, le vieil homme accepte d'aider son neveu à réaliser son rêve. Leur choix de terrain se porte sur celui d'un vieux voisin Pique-Bouffigue. Lorsque celui-ci refuse de leur vendre sa terre et les chasse avec colère, César, s'emportant à son tour frappe son voisin et le tue accidentellement. 

Pensant pouvoir par la suite racheter le domaine, oncle et neveu deviennent complices en dissimulant le crime,  mais voici que l'héritier de Pique-Bouffigue, Jean de Florette, vient avec sa famille s'installer dans le domaine.

Désormais, le drame va s'intensifier. Sous le ciel brûlant de Provence, on assiste au calvaire de Jean,  homme de la ville, venu commencer une nouvelle vie avec sa femme et sa fille dans le mas familial et qui va petit à petit voir ses rêves s'effondrer. Pourtant, Jean, avait, pensait-il, tout prévu en venant avec des ouvrages d'agriculture et en étudiant et calculant des jours durant, pour mettre en place son projet
Se lançant dans l'agriculture et l'élevage des lapins, il va voir son domaine subir la terrible sécheresse et le soleil de plomb, si fréquents dans le pays. Car l'eau est à la base de tout et sans eau, cultures et animaux agonisent.
L'eau, elle est pourtant là, sous les pieds de Jean de Florette et de sa famille, mais deux paysans qui  convoitent le domaine, l'ont bouchée et détournée. Les habitants du village deviennent à leur tour complices par leur silence, regardant de loin et avec méfiance cette famille étrangère au village dont le père de famille est un étrange bossu aux manières raffinées.

 Il est d'ailleurs frappant de voir comment la lumière et le soleil jouent un rôle déterminant dans le film et changent peu à peu quand le soleil n'est plus symbole de vie mais que la canicule brûle tout. Dans la suite du film, la lumière devient de plus en plus intense et brûlante. Claude Berri avait d'ailleurs utilisé à plusieurs moments les éclairages aveuglants de projecteurs pour accroître encore la sensation d'une nature en feu.


Il est à noter que l'équipe a d'ailleurs tourné par un véritable été de canicule, dans un décor de roches sèches et de garrigue. Quant on rajoute à cela les habits des années 20 et la prothèse portée par Gérard Depardieu pour le rôle du bossu Florette, on comprend que le tournage a été lui aussi un calvaire.
Jean de Florette et sa suite Manon des sources ont été tournés en même temps, ce qui permet de donner à l'ensemble une belle unité. Si vous avez vu le film d'origine, on remarque une différence notable; le film réalisé par Marcel Pagnol en 1952 commence directement à l'histoire de Manon des sources adulte; son enfance et l'histoire de Jean de Florette ne sont évoquées que par quelques flashs.
Ici, l'histoire de Jean de Florette est développée, ce qui permet une meilleure compréhension et empathie avec le drame de Manon.

On retiendra bien sûr l'étonnant duo de méchants qui domine le film, Daniel Auteuil campant un Ugolin à la fois sournois et tragique, pour lequel on finit par éprouver de la pitié et le rusé et calculateur Papet joué par un Yves Montand vieilli. Du côté de gentils, c'est bien sûr la performance de Gérard Depardieu en Jean de Florette qui retient l'attention, un personnage attendrissant, un peu trop naïf et rêveur.
On regrettera le rôle très effacé de Julie Depardieu qui joue son épouse et de la petite Ernestine Mazurowna dont ce sera le seul rôle au cinéma - elle se tournera ensuite vers la musique- dans celui de Manon enfant.

Pour ceux qui ne l'aurait pas découvert, le film de Claude Berri est un classique du cinéma français dans lequel on retrouve trois grands acteurs, dans une histoire qui nous entraîne en pleine tragédie mais dans un décor provençal de garrigue, de mas et de petits villages.
On ne manquera pas la suite de cette histoire dans le second film, Manon des sources, que je présenterai très prochainement.

Jean de Florette : C'est pas moi qui pleure, ce sont mes yeux.

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