La poupée sanglante : "Ce qui est étrange dans l’histoire de Bénédict Masson, c’est qu'elle ne fait que commencer."

 La poupée sanglante - série Marcel Cravenne et Robert Scipion, 1976.


Gabriel est un jeune homme d'une grande beauté qui vit caché chez un horloger et sa fille, Christine.
Celle-ci semble très attachée au jeune homme, au grand désespoir de son voisin, le relieur Benedict Masson, homme difforme à l'âme de poète, qui épie en cachette Christine, éperdu d'amour.
Tous deux se retrouvent dans le Château du Marquis de Coulteray, lieu étrange qui semble sous l'emprise d'un inquiétant docteur hindou, accompagné de plusieurs serviteurs. Benedict va s'occuper de la bibliothèque du Marquis, Christine doit sculpter le portrait de la Marquise. Celle-ci, qui semble atteinte de folie, accuse son mari d'être un vampire.

La poupée sanglante et sa suite, La machine à tuer, sont deux romans de Gaston Leroux, connu pour ses romans de mystère et de fantastique. Les deux ingrédients se mêlent ici adroitement sans que l'on sache tout d'abord si certains éléments sont du domaine de la science fiction - la poupée qui donne son nom au roman -, du fantastique - vampire et réincarnation - ou du roman policier.


On ne peut s'empêcher de voir plusieurs analogies avec d'autres histoires classiques, tout d'abord Les Contes d'Hoffmann, opéra d'Offenbach où le héros est un poète (Hoffmann lui-même) amoureux d'une poupée Coppelia, tandis que trois visages de femmes se croisent dans les divers actes de l'opéra. De la même façon, Christine verra trois hommes en Gabriel : le génie de Jacques, l'âme de Benedict et la beauté de l'automate.

On fera également le rapprochement avec le roman de Victor Hugo, Notre Dame de Paris où Esmeralda aime Phoebus pour sa beauté et s'attache à Quasimodo pour son âme.
Enfin, le tueur en série qui conduit les jeunes femmes à la campagne et les fait disparaitre et brûler évoque manifestement Landru, exécuté un an avant la parution du roman de Gaston Leroux.

Côté interprétation, on retiendra surtout la belle Yolande Folliot, parfaite dans le rôle de Christine, qui traversera diverses séries des années 70-80 comme Ces beaux messieurs de Bois Doré ou Les fiancés de l'Empire et aura une carrière théâtrale très riche.
Jean-Paul Zehnacker, quant à lui, est affublé d'un maquillage un peu inspiré de Quasimodo et joue un personnage complexe au regard halluciné. Le réalisateur Maurice Cravenne proposera trois ans plus tard une série jouant également sur le mystère avec une atmosphère quasi fantastique, L'île aux trente cercueils, adaptée d'une oeuvre de Maurice Leblanc. Zehnacker y

jouera à nouveau un personnage halluciné. Cet acteur est surtout connu pour avoir fait une très longue carrière théâtrale comme c'est le cas pour l'interprète de Gabriel, Ludwig Gaum qui fera carrière sous le nom de Lee Godart.

La poupée sanglante est une série qui a généralement marqué ceux qui l'ont vue à l'époque par son atmosphère fantastique, même si ce n'est pas la plus grande réussite de la télévision française. Certains personnages sont un peu caricaturaux - les villageois et les serviteurs indiens du Marquis- et l'on peut repérer certaines

longueurs, notamment dans la 2nde partie. Sans doute un format plus court aurait-il permis d'être à l'histoire d'être plus percutante.
On retiendra au final une série originale et prenante, qui a certes un peu vieilli, mais qui a le charme des productions des années 60-70 avec des acteurs de qualité.

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